L’entraînement solitaire est la condition de votre progression en Ninpô Taijutsu

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« Etudier pour soi et faire ses propres découvertes est plus important que l’apprentissage en groupe et cela s’applique parfaitement au monde des arts martiaux. (…) comme je le répète souvent, c’est par l’entraînement solitaire que l’on apprend les leçons de la vie. »

Cette phrase de Maître Hatsumi surprend souvent les pratiquants d’arts martiaux plus habitués à la répétition de formes en cours que par une recherche personnelle. La vie du pratiquant au Dôjô est identique à la vie du pratiquant en dehors du Dôjô.

Beaucoup de mes élèves viennent de loin et ne font qu’assister aux stages. Pourtant leur niveau technique s’apprécie au fur et à mesure des années. Bien sûr certains ont des Dôjô en France ou à l’étranger mais la majorité d’entre eux n’a pas la possibilité de s’entraîner dans un club près de chez eux. Alors d’où vient leur capacité à progresser ?

Ils s’entraînent seuls !

Cette question de l’entraînement solitaire m’est souvent posée. Les personnes qui la posent sont généralement seuls dans leur région et ne trouvent pas de bonne façon de s’entraîner seul. Leur objection est souvent de répéter qu’on ne peut s’entraîner efficacement sans partenaire.

Tout dépend de ce que l’on entend par le mot « entraînement ». S’entraîner c’est développer une attitude, un Kamae. Quand on regarde attentivement le contenu de l’enseignement du Bujinkan Dôjô on s’aperçoit rapidement que notre pratique peut se limiter à un ensemble assez restreint de mouvements de base : Ukemi (roulades et brise chutes) ; Kamae (postures) ; Sanshin no Kata (Gogyô) ; Kihon Happô. Tout le reste n’est que la mise en application des ces mouvements fondamentaux au travers de l’utilisation d’écoles anciennes et/ou du travail avec les armes.

Hormis les Kihon Happô qui dans le Gohô no Kata nécessitent un partenaire, le reste de ces techniques de base peut se passer du travail avec un Uke.

J’ai coutume de dire que celui qui maîtrise les roulades et brise chutes maîtrise 30% des arts martiaux car une fois passée l’appréhension du sol on devient capable d’adapter son mouvement à toutes les situations rencontrées. Le terme Japonais générique est Ukemi. Cela signifie « (se) recevoir ». C’est donc quelque chose qui dépasse de beaucoup le champs d’application particulier du combat en corps à corps. « Recevoir » ou « se recevoir » devient une autre façon de comprendre la vie. Savoir utiliser Ukemi en toutes circonstances est créateur d’évolution personnelle. Celui qui sait se recevoir ou recevoir saura toujours retrouver son équilibre mental et physique. A l’inverse, une appréhension, une peur, une angoisse se révèlera toujours dévastatrice pour celui qui la ressent.

Connaître Ukemi c’est apprendre à se connaître soi-même et à connaître ses propres possibilités mentales et physiques.

Les postures sont regroupées sous le terme de Kamae. Mais je rappelle que le mot Kamae peut signifier « attitude mentale » aussi bien que « posture (attitude) physique ». Dès lors le travail de Kamae intervient aussi dans la construction de l’Etre. Il est habituel de parler de Tai Gamae (posture du corps) et de Kokoro Gamae (posture du cœur ou de l’esprit). Ces deux aspects de Kamae sont à travailler.

Mais il est important de se souvenir qu’en Japonais les mots possèdent toujours plusieurs sens.

Tai suivant la manière dont vous l’écrivez revêt les sens de : corps, objet, substance, réalité, style, forme, champs, opposé, égal, contre, versus, compagnie, équipe, unité, condition, raison cachée, inimitié, berge d’une rivière, ceinture. Kamae(ru), (Gamae) revêt lui aussi divers sens : structure, construction, style, posture, position, attitude, garder une maison, s’établir dans une maison, prendre une nouvelle résidence, assumer une posture de défense, feindre, prétendre. Kokoro quant à lui veut dire : esprit, mental, mentalité, idée, pensée, cœur, sentiment, impression, sincérité, prendre à cœur, considération, sympathie, attention, intérêt, faire attention, volonté, dessein, inclination, goût, fantaisie, humeur, état d’esprit, réponse, sens.

Ainsi, les trois mots de Tai, de Kokoro et de Kamae peuvent vouloir dire une infinité de choses suivant la façon dont vous les mélangez deux à deux. Ne limitez pas votre apprentissage à la forme, elle ne fera que vous emprisonner dans une compréhension partielle et partiale.

Connaître Kamae c’est entrer dans une réalité différente aussi bien physique que mentale.

L’une des clés de notre apprentissage réside dans l’étude ininterrompue du Sanshin no Kata (ou Gogyô no Kata), le travail sur les cinq éléments Japonais : Chi, Sui, Ka, Fû et Kû. Il est intéressant de constater que le nom donné à cet ensemble de mouvements était : « Shôshin Gôkei Gogyô no Kata » ou « enchaînements des cinq éléments naturels fondamentaux ». Il est encore plus surprenant de voir que pour les Japonais, ce nom fait référence aux éléments chinois (eau, métal, terre, bois et feu) et non à ceux du Japon (terre, eau, feu, air, vide). Pourtant le texte original nous présente les éléments Japonais et non Chinois. Les formes enseignées varient suivant les enseignants mais la réalité de votre pratique ne doit s’arrêter au seul apprentissage de la forme.

C’est cette approche à la fois physique et intellectuelle qu’il vous faut réaliser pour assimiler les mouvements de base. Sensei répète souvent qu’il faut apprendre à lire entre les lignes. Le travail des bases de Ukemi, Kamae et Sanshin vous permet de créer un filtre efficace pour approcher votre réalité.

Le devoir de chaque pratiquant est de respecter l’enseignement de son professeur mais il existe un devoir plus important pour votre développement personnel en tant qu’être humain et c’est celui de trouver votre voie. L’art martial n’est qu’une excuse à votre progression en tant qu’individu.

Vous devez être conscient du fait que votre vie de pratiquant a commencé largement après votre naissance et qu’elle s’achèvera largement avant votre mort. Ecoutez vos professeurs mais n’abdiquez pas votre vision du monde pour autant.

Votre vie est plus importante que les capacités physiques que vous développerez au Dôjô. Sachez rester vous-même dans la pratique et rappelez-vous que le monde extérieur n’existe que parce que vous le concevez par l’intermédiaire de vos Cinq sens.

Ce à quoi fait allusion Maître Hatsumi quand il dit que : « … c’est par l’entraînement solitaire que l’on apprend les leçons de la vie » c’est votre capacité à apprendre par vous-même les leçons de la vie. Le Dôjô est important car c’est un laboratoire pour vos expériences de vie et le professeur est là pour vous donner des conseils pour améliorer votre perception de la vie. Un professeur n’est ni un dieu ni un surhomme, ce n’est qu’un être humain comme vous mais qui marche depuis plus longtemps sur le chemin de vie que vous avez choisi de suivre pour l’instant.

L’entraînement solitaire est donc possible et même doit s’avérer prioritaire pour que vous développiez une perception personnelle du mouvement. Dans la vie tout est mouvement et son absence de mouvement mène au chaos.

Développez vos propres exercices physiques, affinez votre perception du mouvement juste. Analysez les éléments constitutifs de votre mouvement et recherchez les racines de chacun d’entre eux. Utilisez le Dôjô pour en retirer de nouvelles approches mais avant tout apprenez à étudier seul car c’est seul que vous aurez à trouver la solution à votre existence.

Entraînez-vous pour vous-mêmes en vous appuyant sur les conseils de votre professeur. Le nombre de cours par semaine ne remplacera jamais votre travail personnel. Soyez un découvreur et un chercheur et ne prenez pas pour acquis ce qui vous est montré, expérimentez-le et faites-le votre.

« Quand on désire savoir, on interroge. Quand on veut être capable, on étudie. Revoyez sans arrêt ce que vous savez déjà. Etudiez sans cesse du nouveau. Alors vous deviendrez un Maître. » Confucius

Arnaud COUSERGUE

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