Une leçon d’humilité

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Samedi soir dernier, moi et Francine étions invités par un vieil ami. Un homme qui avait pratiqué les arts martiaux durant un peu plus de 40 ans. Il nous racontait qu’à une certaine époque, il était allé à un séminaire de ju-jitsu aux États-Unis. Il y était allé avec quelques amis et son nouveau professeur, plus jeune et moins expérimenté que lui. Par contre, ce professeur était plus haut que lui en degré. Il faut dire que mon ami n’est pas du genre à courir après les degrés.

 

Sur le tatami, il y avait la plus haute sommité japonaise de ju-jitsu et la plus haute sommité occidentale. Le dojo est séparé en quatre zones distinctes. L’enseignement est donné par le maître japonais. Chacun des quatre secteurs est supervisé par un haut gradé occidental pour aider les étudiants. Le haut gradé occidental se promène dans toutes les zones. Le professeur de mon ami s’installe dans une zone alors que mon ami est dans un autre secteur. L’entraînement se donne et tous pratiquent avec coeur. Le maître occidental vient voir mon ami et fait signe à l’instructeur qui supervisait son secteur de venir les rejoindre. Il met mon ami responsable du secteur à la place de l’autre personne. Le haut gradé semble soulagé d’être délesté de cette tâche. Le maître occidental demande à mon ami qui est son professeur. Mon ami lui désigne son professeur. « Ah, le jeune coq! » dit le maître. Et l’entraînement continu sous la surveillance de mon ami, qui ne l’oublions pas, pratique les arts martiaux depuis longtemps. Son professeur remarque que mon ami aide les autres. Il quitte son secteur et vient voir mon ami. Il trouvait anormal que mon ami supervise cette section du dojo. De son propre chef, il décida de prendre sa place pour aider les autres. Après tout, il était le plus haut en degré. Le maître occidental revint vers mon ami et son professeur, et renvoya son professeur dans son secteur en disant à mon ami que c’était lui qui avait la charge du secteur.

 

La force de mon ami est d’être capable de comprendre la mécanique et tout ce qui touche à la technique. La plupart des gens ne font que reproduire le mouvement sans comprendre tout ce que ça implique. Le maître occidental avait décelé la capacité de mon ami à comprendre l’enseignement du grand maître.

 

Dans les arts martiaux, il y a toujours de jeunes coqs qui s’imaginent meilleurs que tous les autres. Il ne faut pas confondre la capacité d’exécuter une technique avec celle de comprendre la technique. L’exécution est le plus souvent une chorégraphie robotisée alors que la compréhension permet l’adaptation de la technique selon ses besoins.

 

J’ai toujours dit à mes étudiants de ne pas juger les autres sur leurs degrés, mais sur leur compréhension et l’habilité qu’ils ont à décortiquer une technique et à pouvoir l’adapter aux besoins de chaque personne. Cette petite histoire illustre bien cette réalité. Un troisième dan qui corrige des sixièmes dan, une petite histoire qui devrait stimuler un peu notre humilité.

 

Bernard Grégoire

 

Shihan Bujinkan Québec

Source : http://bujinkanquebec.wordpress.com/2013/11/12/une-lecon-dhumilite/

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