Questionner… la technique

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Nous les Occidentaux, nous avons une particularité intéressante. Nous aimons à penser que nous connaissons tout et que s’il y a quelque chose que nous ne connaissons pas, nous avons assez de jugement pour comprendre aisément comment cela fonctionne. Nous appliquons cette façon de pensée à notre quotidien. Nous nous basons sur notre expérience pour tirer rapidement des conclusions sur différent sujet.

Cette façon de pensée a fait ses preuves dans notre vie quotidienne. Malheureusement, cela peut nous nuire d’une certaine façon. Nous ne voyons plus les choses d’un oeil nouveau. Dans les arts martiaux, nous regardons les techniques à travers le filtre de nos expériences. Lorsqu’arrivent de nouvelles informations, il est fréquent que nous ne disposions pas des filtres nécessaires à déceler ces nouveautés. Il y a une perte d’informations.

Lorsque l’on prend la voie du budo, nous devenons des chercheurs. Lorsque l’on fait de la recherche, il faut apprendre à se poser des questions. Il faut accepter le fait que nous ne connaissons pas tout. Dans cette optique, j’aime bien reprendre des techniques de base en me disant qu’il faut maintenant que je trouve quelque chose que je ne connais pas au sein de ces vieilles techniques. Il arrive que je revienne bredouille, mais souvent, je découvre de petits trésors qui s’étaient dissimulés jusque là.

Dans le Bujinkan comme dans plusieurs vieux arts martiaux, les techniques sont généralement à plusieurs niveaux. On n’a qu’à regarder l’enseignement d’Hatsumi sensei pour comprendre cela. La technique nous parle, il faut la questionner, lui arracher ses secrets. Il faut lui demander ce qu’elle peut bien nous cacher que nous n’avons pas encore trouvé. Prenez une simple torsion de poignet (un omote gyaku). Cette technique peut s’appliquer à tellement de situations différentes, avec ou sans arme. Selon l’angle que l’on donne au poignet, on obtiendra une technique de projection, une technique de contrôle ou simplement un outil puissant pour briser le poignet de l’adversaire. L’alignement des os des deux protagonistes, le timing, les angles, la hauteur du contact de la clef sont autant de facteurs qui peuvent influencer la technique. Lorsque l’on commence à voir toute cette mécanique que recele une technique aussi simple, on vient de multiplier les adaptations possibles de la technique.

Comme professeur, avons le devoir de nous poser le plus de questions possible. Comme étudiant, nous avons le devoir de poser le plus de questions possible. Si votre professeur vous met mal à l’aise lorsque vient le temps de lui poser des questions, alors peut-être serait-il temps de jeter un coup d’oeil ailleurs. Les Shihan japonais et Hatsumi sensei n’ont jamais hésité à répondre à mes questions. Jamais ils ne m’ont fait sentir que je les dérangeais. Si mes étudiants me posent une question à laquelle je ne peux répondre, je leur dis simplement que je vais me renseigner. J’accepte le fait que je n’ai pas réponse à tout. Mais jamais je ne les repousserai s’ils me questionnent. Au contraire, il faut les encourager dans ce sens.

Alors, il ne faut pas se gêner pour questionner ses professeurs… et interroger la technique.

Bernard Grégoire

Shihan Bujinkan Québec

Source : http://bujinkanquebec.wordpress.com/2014/03/10/questionner-la-technique/

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