L’infiniment petit / The Infinitely Small

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Depuis 50 ans, il se passe une petite révolution dans notre monde moderne. On se dirige vers l’infiniment petit. On miniaturise tout. L’auteur de science-fiction Isaac Asimov disait un jour que sa plus grande erreur était d’imaginer les ordinateurs occupant de plus en plus d’espace. Au lieu de ça, ils n’ont cessé de se miniaturiser au point de tenir dans une main. Les moteurs des voitures ont rapetissé tout en gagnant en puissance. La médecine se dirige vers les nanotechnologies, utilisant des micros véhicules afin d’aller porter des médicaments dans des endroits ciblés. Tout devient plus petit.

Certains domaines n’ont pas suivi cette tendance. Les arts martiaux font partie de ceux-là. Dans les temps anciens, on cherchait à passer inaperçu. On minimisait les gestes de défenses au maximum afin de ne pas attirer l’attention. Un voleur nous agressait, une frappe rapide et discrète à la gorge suffisait pour faire tomber le malotru. De nos jours, la plupart des pratiquants d’arts martiaux utiliseraient de grands gestes qui, inconsciemment, sont associés à de la puissance et tendent trop souvent à impressionner les spectateurs. Ils enchaîneraient de plusieurs frappes plutôt que de quitter la scène en laissant l’agresseur reprendre son souffle. Ils voudraient être témoins de leur victoire.

Plus on progresse sur la voie du budo, plus on constate que nos gestes deviennent minimalistes. Si l’adversaire essaie de nous impressionner, plutôt que de prendre une position de combat, on va calmement le regarder sans broncher (Fudoshin). Plus besoin de forcer comme un diable pour neutraliser l’attaquant. Pas besoin de grands déplacements acrobatiques pour éviter une attaque, on se contente de bouger l’épaisseur d’une feuille de papier (kami no e). Plus de mimique agressive pour décourager l’adversaire, on se montre vulnérable utilisant du kyojutsu, cet art de donner une fausse réalité à l’adversaire. Plus de grandes clés pour réussir à projeter l’agresseur, une simple torsion légère sur son poignet, torsion qui passe pratiquement inaperçue et qui créera un déséquilibre susceptible de faire tomber l’agresseur par lui-même.

Au lieu de faire de grands gestes démonstratifs, on se contentera de reculer à la limite de l’attaque de notre adversaire afin de le faire déborder de son élan (Yoyu). Si l’adversaire frappe trop fort, on bougera à la dernière seconde, l’amenant à se perdre dans un espace vide (kukan). Puis, lorsqu’il sera positionné comme on le désire, d’une simple pression d’un doigt au bon endroit on l’amènera au sol (kyusho). Si on doit le frapper, ce qui paraît comme une seule attaque en sera plusieurs (Ikken hasso).

Bien sûr, s’il fonce sur nous comme un diable, on pourra se contenter de pivoter en prenant appui sur son bras (kaname), le déviant facilement de sa cible. Et puis s’il sort un couteau, notre esprit se positionnera en mode (muto taijutsu), nous deviendrons nous-mêmes une arme. Et, grâce au (ko sakki), nous serons en mesure de devancer d’une fraction de seconde l’intention de notre adversaire. Puis, nous enchaînerons à la façon d’une pierre qui rebondit sur l’eau (Ishitobashi), ne laissant pas ainsi à notre adversaire le temps de constater ce qui vient de se passer.

Et tout ceci sera fait sans que nous ayons à faire de grands gestes. De cette façon, la plupart des gens autour n’auront même pas idée de ce qui vient de se passer. De petits mouvements pour une victoire sans gloire et sans témoins. Et vous, arrivez-vous à vous défendre sans gestes grandiloquents?

Bernard Grégoire

Shihan Bujinkan Québec

 

 

For 50 years a small revolution has taken place in our modern world. We are moving towards the infinitely small. We miniaturize everything. Science fiction writer Isaac Asimov once said that his biggest mistake was to imagine computers occupying more and more space. Instead, they have become miniaturized to the point of holding in one hand (your smart phone). The engines of the cars have shrunk while gaining power. Medicine is moving towards nanotechnology, using micro-vehicles to bring medication to targeted locations. Everything becomes smaller.

Some areas have not followed this trend. Martial arts are part of that. In ancient times, one sought to go unnoticed. We minimized the gestures of defenses to the maximum so as not to attract attention. A thief assaulted us, a quick and discreet strike at the throat was enough to bring down the aggressor. Nowadays, most martial arts practitioners would use great gestures that, unconsciously, are associated with power and tend too often to impress the audience. They would chain several strikes rather than leave the scene letting the aggressor catch his breath. They want to witness their victory.

The more one moves along the path of the budo, the more we realize that our gestures become minimalist. If the opponent tries to impress us, rather than take a fighting position, we will calmly look at him without flinching (Fudoshin). No more need to force as a devil to neutralize the attacker. No need for large acrobatic movements to avoid an attack, we just move the thickness of a sheet of paper (kami no e). No more aggressive mimicry to discourage the opponent, one shows oneself vulnerable using kyojutsu, this art of giving a false reality to the adversary. No need for big keys to successfully project the aggressor, a simple twist on his wrist, twist that passes almost unnoticed and which will create an imbalance likely to cause the aggressor to fall by himself.

Instead of making great demonstrative gestures, we will simply retreat to the limit of the attack of our opponent in order to make it overflow of his movement (Yoyu). If the opponent strikes too hard, he will move at the last second causing him to get lost in an empty space (kukan). Then, when he is positioned as desired, with a simple press of a finger in the right place he will be brought to the ground (kyusho). If one is to hit him, what seems like a single attack will be several (Ikken hasso).

Of course, if he rushes at us like a devil, we can simply pivot by resting on his arm (kaname), easily deviating him from his target. And if he uses a knife, our mind will position itself in mode (muto taijutsu), we will become a weapon ourselves. And, using the (ko sakki), we will be able to know a fraction of a second before he moves, his intention to attack us. Then we will continue like a stone bouncing on the water (Ishitobashi) thus not leaving our opponent time to see what has just happened.

And all this will be done without our having to make a great gesture. In this way, most people around will not even have an idea what just happened. Small movements for a victory without glory and without witnesses. And you can you defend yourself without grandiose gestures?

 

Bernard Gregoire

Shihan Bujinkan Quebec

Source : https://bujinkanquebec.wordpress.com/2016/11/15/linfiniment-petit/

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